Le cas des Conservancies en Namibie
Depuis 1996 , la Namibie experimente une formule originale de gestion des ressources naturelles : le Conservancy (entite geographique et institutionnelle protegee a unite locale de management dans les zones rurales ).
Ce systeme donne aux communautes locales des droits sur l`usage de ressources naturelles associes a des devoirs d`exploitation durable. Jusqu`en 1996 , l`etat namibien interdisait aux habitants du pays l`utilisation des ressources naturelles, notamment de la faune sauvage. Cette interdiction ne s`appliquait cependant pas aux grands exploitations fermieres a caractere commercial , generalement detenues par des blancs... La loi votee en 1996 retablit l`equilibre et confere aux communautes rurales le droit de gerer leur propres ressources naturelles sur un mode durable, et d`en recolter les benefices directs ou indirects... A conditions de creer une structure particuliere , le Conservancy.
Pour cela, les futures membres doivent s`entendre sur les limites territoriales du conservancy, etablir une liste des adherents, ecrire une constitution sur le mode democratique, et elire un comite representatif. Lorsque la conservancy est officiellement enregistree aupres du ministere de l`Environnement et du Tourisme ,elle est reconnnue sur le plan legal, et acquiere alors le droit de gerer comme elle le souhaite les revenus qu`elle tire de ses ressources naturelles. En general , pour eviter les tensions, les membres decoupent le territoire en plusieurs zones : fermage , tourisme ou chasse sportive , zone-tampon , zone sans exploitation ; chaque portion possede une vocation clairement definie que tous les membres s`engagent a respecter.
La formule du Conservancy connait un reel succes et genere des revenus substantiels. A l`heure actuelle , aux dires du ministere de l`Environnement et du Tourisme namibien , 50 conservancies sont ratifies et une dizaine d`autres sont en voie de ratification . On estime qu`ils recouvriront bientot 1/4 du territoire.
Les revenus recoltes sont en perpetuelle augmentation; ils different d`un conservancy a un autre, selon la grandeur du territoire et les activites proposees , mais les revenus reviennent de toute facon aux populations locales. Ils servent a couvrir les frais courants du conservancy ( salaires des employes, frais administratifs...) et l`objectif a moyen terme est de les rendre autonomes financierement. Les surplus sont soit repartis equitablement entre tous les membres , soit investis dans des equipements ou infrastructures d`interet communautaire ( ecoles, cliniques...) suivant ce que decide le comite representatif. Actuellement , seuls 5 conservancies assurent leurs depenses sans etre epaules par des ONG ou des aides specifiques.
Au niveau des recettes, c`est le tourisme de vision ou la chasse sportive qui constituent la manne financiere la plus importante.
Utilisation non-consommatrice de la faune namibienne:
On y retrouve le tracking (technique d`approche permettant une observation optimale des especes recherchees) des rhinoceros noirs dans le conservancy de Khoadi/Hoas , ou l`observation ornithologique d`une espece endemique dans le Conservancy de Kunene River
Utilisation consommatrice de la faune: la chasse sportive
Tous les ans , chacun des conservancies se voit allouer par le ministere de l`Environnement et du Tourisme des quotas de chasse par especes. Definis a partir des comptages annuels effectues sur place avec l`intervention d`ONG locales , ils sont ensuite repartis par le conservancy lui-meme entre "vente a des operateurs de chasse sportive" ou "consommation locale". Ce projet a permis de reintroduire par exemple des groupes d`impalas a face noires dans des zones ou ils sont menaces d`extinction. Dans les conservancies d`Otuzemba , ou d`Orupupa par exemple , 40 individus ont ete transferes l`hiver dernier du parc national d`Etosha sur les terres communales. Endemique a la region du Kunene , dans le nord ouest namibien, cette sous-espece d`impalas jouie d`une notoriete aupres de certains chasseurs en quete de trophees ( valeur estimee a 1700 euros) . L`objectif de ce projet est de renforcer les populations existantes menacees , et d`augmenter les revenus des communautes locales par la mise en place d`une exploitation durable de l`espece, via les quotas de chasse.
La flore namibienne : un potentiel sous-estime a des fins medicinales
D`une politique environnementale centree ces dernieres annees sur la faune sauvage , le gouvernement namibien tend a s`orienter vers une consideration du milieu vegetal et humain. Surtout dans le sud du pays , ou les especes de faune a haute valeur ajoutee sont peu representees. Le Devil`s Claw, ou griffe du diable, qui pousse notamment dans le desert du Kalahari et qui contient dans ses racines un principe actif contre les rhumatismes ou l`inflammation du foie, est largement exporte en Europe .
La plante Hoodia Gordonii, succulente endemique et restreinte au Kalahari, a ete decouverte par l`ethnie San , les Bushmen chasseurs-cueilleurs du Kalahari , et possede des vertus anti-appetante, grace a sa molecule P57. Elle fait partie des especes protegees de la CITES ( Convention sur le Commerce International des especes de faune et flore sauvage menacees d`extinction.) Malgre l`engouement de l`hemisphere nord pour cette nouvelle denree emergente , l`etat namibien en a provisoirement interdit la commercialisation. D`une part , parce que les droits de propriete intelectuelle des San envers la plante n`est pas resolue , d`autre part parce que le gouvernement attend la mise en place de strategies d`exploitation respectueuses. L`objectif du ministere de l`Environnement et du Tourisme est de multiplier les pepinieres de Hoodia dans les Conservancies , en insistant sur l`utilisation durable de la plante , et non pas sur les benefices financiers qu`elle procure. Mais face a l`etendue du territoire , au manque de moyens humains et a la quasi-inexistence de donnees sur l`importance de la population Hoodia ,ce qui permettrait un meilleur controle , le pays se trouve confronte a un braconnage grandissant et incontrole. Comites et membres des Conservancies s`impliquent enormement pour pallier a ce probleme , par la mise en place de patrouilles regulieres effectuees par les gardes-chasse des conservancies , et par l`organisation de reunions d`informations aupres de leurs membres.
D`autres projets pour l`exploitation durable de la flore a haute valeur ajoutee sont en cours ( l`arbre Mopane , utilise pour des usages medicinaux , ou comme bois de chauffage , ou encore le Comiphere , utilise par les femmes Himbas contre les maux de tete , qui pourrait s`averer efficace dans les crises de malaria..)
Le Conservancy , un exemple pour les pays voisins...
Depuis les annees 1990, les pays d`Afrique sub-saharienne multiplient les initiatives de gestion participative de leur environnement avec des resultats contrastes (CAMPFIRE au Zimbabwe , CNRML au Bostwana, Conservancies en Namibie..). Dans le modele de la strategie de gestion communautaire des ressources naturelles la Namibie se veut un modele a reproduire. A la difference du Zimbabwe , ou du Bostwana , dont la gestion des ressources naturelles a ete confiee a des rassemblements de proprietaires prives ou d`entreprises , l`innovation namibienne a ete de transferer totoalement les competences de gestion directement aux communautes locales..
Pour cette raison, un socle competent compose d`ONG namibiennes de conservation (et /ou de developpement), du ministere de l`Environnement et du Tourisme, du FFEM, de la Banque Mondiale . accompagne cette demarche innovante...
Pour en savoir plus : pascal_truong@yahoo.fr